Homélie de Mgr Mousset

mercredi 22 août 2018
par  Bernard Le Ho
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Fête de l’Assomption au sanctuaire Notre Dame de Toute-Aide

 Homélie de la célébration eucharistique

Frères et sœurs,

Je voudrais d’abord vous dire ma joie d’être là, parmi-vous, venant du Sud-Ouest, du Périgord plus précisément, pour célébrer la fête de l’Assomption. C’est une « première » pour moi de célébrer, ici, en ce sanctuaire marial diocésain de Notre Dame de Tout-Aide dans le cadre des fêtes du « Pardon ». Je salue le père Gérard Nicole, recteur, la communauté religieuse et tous les bénévoles qui nous permettent de vivre des moments comme celui-ci.

L’ Assomption : Marie est élevée corps et âme.
Entendons bien : non seulement l’âme, ou le cœur et l’esprit, mais aussi le corps. C’est dire l’importance du corps aux yeux de Dieu. Respect du corps qui est beaucoup plus que ce que l’on pense trop souvent lorsqu’on le réduit ou qu’on le traite comme s’il était un objet à notre disposition. Tout est lié. La paix intérieure tant espérée par chacun de nous est, précisément dans cette unité, ce lien harmonieux (une recherche !) entre le corps et l’âme, ou bien le cœur, le corps et l’esprit. L’Assomption, à la lumière de la Résurrection du Christ, donne la juste place du corps en Dieu et nous invite à y réfléchir plus profondément pour nous-mêmes dans notre manière de vivre. Elle correspond également aux recherches de nos contemporains sur l’unité et la paix intérieures. Les sanctuaires, comme celui-ci, ont un rôle important en proposant un espace propice à ces attentes qui caractérisent notre époque.

L’ Assomption dans ce sanctuaire :
Tout a commencé -comme toujours dans la vie chrétienne-, par cette rencontre surprenante et étonnante : Marie entre en contact avec la petite Jeanne de Courtel à travers un récit tellement simple qu’il peut nous paraitre un peu naïf et presque banal. Justement c’est le premier message : Marie va à la rencontre de Jeanne sur le terrain ordinaire de son quotidien. Rien d’extraordinaire ! Sauf que ce qui est extraordinaire, incroyable, c’est que Dieu nous rejoint dans nos existences, dans notre quotidien, notre condition humaine avec nos faiblesses et nos pauvretés, notre péché, notre impuissance que nous éprouvons parfois face aux combats de la vie, aux défis que nous souhaiterions relever. Il franchit les obstacles pour venir à nous et nous rejoindre là où nous sommes.
Les apôtres sur le bord du lac entrain de laver leurs filets de pêcheurs ont fait l’expérience de la rencontre du Christ sur le lieu-même de leurs activités du quotidien. Tout a commencé là !
Comment, de ce sanctuaire, ne pas penser également à Bernadette de Soubirous, à Germaine de Pibrac et bien d’autres où tout commence par une rencontre simple !
La Visitation nous apprend, que la rencontre, chers amis, c’est le tout début de la vie chrétienne, de l’aventure chrétienne. Elle s’ouvre sur une double rencontre : celle du Seigneur avec l’humble servante de Nazareth (totalement inconnue), celle des deux futures mères, Marie et Élisabeth.

Revenons à l’Évangile. La Vierge Marie quitte Nazareth, elle prend la route. C’est risqué. Partir à cette époque, ce n’est pas sans danger, surtout pour une femme seule. On peut penser que la décision ne fut pas facile à prendre. Elle savait qu’elle devait franchir quelques montagnes « arides ».
Pourtant, c’est avec « empressement » qu’elle part (« car la grâce de l’Esprit Saint ne supporte pas les lenteurs » commentaire connu de St Ambroise). Marie n’a pas attendu d’être au point (comme lorsque Jésus envoie ses disciples en mission : « N’emportez rien… » leur dit-il. Il les invite à faire confiance à l’Esprit Saint et à s’appuyer sur Sa parole, à prendre conscience peu à peu qu’ils sont précédés par le travail de l’Esprit). La tentation, c’est de l’oublier et de chercher des appuis et des forces ailleurs.

C’est l’Esprit Saint qui pousse Marie et les apôtres sur les routes du monde. Et nous aussi… ! C’est l’Esprit Saint qui nous conduit à prendre la route du baptême, du sacerdoce, de la vie consacrée, de la vie de couple fondée sur la foi, des divers engagements dans l’Eglise à la rencontre de nos contemporains.
Une personne centrée sur elle-même, un groupe replié sur lui-même ne se laisse pas entraîner par le souffle de l’Esprit Saint.

Regardons un instant Jeanne de Courtel, cette jeune fille, handicapée de naissance, sourde et muette. Tout d’abord c’est une grâce pour votre diocèse et pour l’Église. Quand on évoque ce récit de la rencontre entre la Vierge Marie et Jeanne, je le trouve stimulant pour notre foi. Jeanne nous témoigne que toute vie peut être fondée sur le roc de la foi. Des tempêtes intérieures, forcément elle en a vécues, elle en a traversées de nombreuses. Comment ne pas penser à Bernadette de Soubirous, à Germaine de Pibrac pour ne citer qu’elles. Oui, elles ont connu et traversé des tempêtes intérieures et des épreuves. Ce qui est surprenant c’est qu’elles ont tenu. Un étonnant témoignage de ce que peut donner la foi : « la pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchainé contre cette maison, et elle n’a pas croulé : c’est qu’elle avait été fondée sur le ROC » Mt 7,25. On peut être pauvre, petit, fragile et faire l’expérience de ce que nous dit St Paul : « Ce qu’il y a de faible dans notre monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort, ce qui dans le monde est sans naissance et que l’on méprise. Voilà ce que Dieu a choisi, ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est ».

Nous comprenons pour nous aujourd’ hui, à la lumière de ces récits, l’importance d’enraciner notre vie dans la prière simple pour tous, le « Je vous salue Marie » et le « Notre Père », l’eucharistie, dans une relation confiante avec le Seigneur et Marie notre Mère, pour que nos vies tout en traversant les épreuves et les tempêtes deviennent cette maison de l’Évangile aux fondations solides.

En prenant le chemin de la foi et de la charité, du don de soi, comme Marie qui va visiter Elisabeth, l’homme ne se perd pas mais, au contraire, il s’accomplit.

Pourquoi une dévotion mariale, comme ici ?
Parce que Marie l’annonce : « Toutes les générations me diront bienheureuse » Lc 1,48. Ne suffirait-il pas d’adorer le Dieu vivant, Père, Fils et Saint Esprit ? Mais réfléchissons : d’où lui vient le nom de Jésus ? D’une femme, simple femme de Nazareth, Marie, c’est elle qui a reçu la consigne divine : « Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus ». Il a porté un nom, il a vécu dans une maison de Nazareth. Par Marie il s’est lié à notre humanité et a pu accomplir son œuvre dans l’histoire humaine. On peut dire que tout le projet de Dieu dépendait du « consentement » de Marie ; Dieu s’est abaissé au point de demander la permission à Marie, c’est-à-dire son « oui ».
Ce qui me marque de plus en plus c’est la foi de Marie dans sa vie quotidienne, car nous pourrions être tentés d’oublier que la grande partie de sa vie était une vie cachée à Nazareth. La vie de St Joseph, de Jésus à Nazareth, est une vie ordinaire comme celle de chacun de nous, une qui a aussi ses difficultés. Imaginons : Joseph le charpentier. Il devait acheter son bois avant de le travailler en fonction des commandes qui lui étaient faites.

Comprenons alors, à la lumière des récits évangéliques et des récits d’apparitions, que Marie s’adresse à des gens simples pour nous faire comprendre qu’elle nous rejoint dans l’ordinaire de notre vie et qu’il n’est point besoin de faire des exploits ni d’être dans les mondanités pour cela. Quelle espérance pour tous !

En ce sanctuaire de Notre Dame de Tout-Aide, demandons la grâce de la rencontre, de la visitation, de la consolation et de l’espérance dans nos épreuves, de l’audace missionnaire comme celle de Jeanne, Bernadette, Germaine et déposons toutes les intentions dont nous sommes porteurs… Amen !

+ Philippe Mousset
Évêque de Périgueux et Sarlat

 Homélie de l’ après midi

Heureuse celle qui t’a porté… heureux plutôt celui qui écoute la parole de Dieu Lc 26,
« Heureuse celle qui t’a porté » ou « le ventre qui t’a porté ».

On peut comprendre la réaction de cette femme.
D’ailleurs Jésus ne condamne pas sa réaction. Il va l’ouvrir à une réalité plus profonde. Il ne rejette pas la dimension affective et maternelle de cette femme, mais il l’invite à dépasser l’expression de ses premiers sentiments pour découvrir et accueillir « la parole de Dieu », force et nourriture pour « pèleriner », pour prendre la route, se risquer à une mise en route. C’est le sens de ce pèlerinage.

Il s’est passé de grandes choses dans la simplicité, ici. C’est à l’intériorité que nous sommes conviés plutôt qu’à des enthousiasmes sans profondeur, comme la femme de l’Évangile qui demeure à la surface des sentiments : « Heureuse celle qui t’a porté… ».
Jeanne de Courtel qui va sur ses 12 ans est sourde et muette depuis sa naissance. Si elle n’a pas été éveillée aux bruits du monde, elle l’a été au monde intérieur et à la présence de Dieu.

C’est une histoire sainte qui nous est proposée et qui nous appelle à relancer notre propre histoire sainte (le pape François : la joie et l’allégresse).

Pourquoi Jeanne, une sourde et muette ?
Question que l’on doit se poser ici ! Pourquoi Bernadette de Soubirous, Germaine de Pibrac ? Pourquoi les petits paysans de Pontmain ? On pourrait pousser le questionnement jusqu’au bout si j’ose dire : pourquoi le messie souffrant terminant sur la croix ? Et enfin, qu’est-ce que le message de Querrien ?

Les réponses nous appartiennent. Notre présence dans ce sanctuaire est déjà une réponse, le simple fait que nous sommes là :
• Avec nos requêtes simples et sobres que nous savons accueillies.
• En comprenant avec la grâce du lieu que le Seigneur déploie la puissance de son amour, de sa grâce dans ce qui est petit et faible.
• En ayant conscience que personne n’est oublié ! l’Évangile est une B.N pour tous. Quand il l’est pour les plus petits et les plus pauvres, c’est alors qu’il l’est pour tous.

Marie est émerveillée de tout cela :

« Il s’est penché sur son humble servante » et « Il élève les humbles ».
L’humble est capable de recevoir pour donner :… l’humus (humble) conditionne le sol en lui donnant une perméabilité et une capacité de rétention, de réception qui lui permet de subvenir aux besoins des plantes. Contrairement à l’argile, très compacte et imperméable… ! L’humble reçoit pour donner ! Il se reçoit pour se donner !

« Sa miséricorde s’étend d’âge en âge » ; Notre temps a besoin de miséricorde. La miséricorde, ce sont les entrailles de Dieu qui s’émeut avec tendresse à l’égard de ses enfants que nous sommes. Le pécheur que je suis peut avoir ce recours inouï : la miséricorde de Dieu qui lui est offerte avec « empressement » pour une vie nouvelle.

C’est une des missions capitales de ce sanctuaire que de faire découvrir ou redécouvrir la miséricorde du Père des cieux.

Comme dans tous les sanctuaires, c’est un lieu où se disent tous les bonheurs, mais encore plus toutes les détresses. Les pèlerins savent que Marie est une maman, une « Mère » à qui on peut tout dire. Profitons de ce lieu.

Je voudrais vous partager, pour terminer, le message d’un évêque prêchant ce pèlerinage : « Quand un cœur s’ouvre mystérieusement à Dieu et que quelque chose du message passe, « il fait fort » dans la faiblesse ».

Chers frères et sœurs, confions tout ce que nous portons à Marie, notre « Mère » !
Amen !

+ Philippe Mousset
Évêque de Périgueux et Sarlat


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